Se former au cours de la vie active
Posté par Jean-Luc LEFEVRE le 9 mai 2009
En 2006, en métropole, 44 % des salariés déclarent avoir suivi une ou plusieurs formations au cours des 12 derniers mois, que ce soit dans un but professionnel ou personnel. Le plus souvent, c’est à l’initiative de l’employeur. En moyenne, les salariés du public accèdent plus fréquemment à la formation que ceux du privé : respectivement 53 % et 41 %.
Dans le secteur privé, les salariés en bénéficient d’autant plus que l’entreprise est grande. Les travailleurs indépendants (28 %) et les chômeurs (32 %) suivent de telles formations, mais beaucoup moins souvent que les salariés. Parmi les salariés, ce sont les cadres qui en bénéficient le plus et, parmi les travailleurs indépendants, les professions libérales (six fois sur dix). Un quart des actifs ayant un emploi auraient souhaité suivre une formation mais l’occasion ne leur en a pas été donnée. Paradoxalement, ce sont ceux qui en ont le plus bénéficié qui déclarent en avoir le plus manqué.
Se former pour être plus à l'aise ou plus efficace dans son travail
Être plus à l’aise ou plus efficace dans son travail, tel est le premier objectif de l’entrée en formation. C’est ce que déclarent 77 % des salariés et 85 % des indépendants. Ce qui est visé à travers la formation est l’acquisition de nouvelles compétences et le fait de se maintenir à niveau dans son emploi. Obtenir un autre emploi est, en revanche, un objectif secondaire. Seuls 5 % des salariés en formation le citent comme motif principal. De même, suivre une formation pour des motifs extraprofessionnels (essentiellement le développement personnel) est une pratique assez rare. Les actifs en emploi qui suivent une formation ne sont que 7 % à mentionner cette préoccupation.
Les formations souvent à l’initiative de l’employeur… et à sa charge
Le plus souvent, c’est l’employeur qui est à l’origine du départ en formation des salariés, et le plus souvent c’est lui qui finance. Ainsi, six formations sur dix suivies pour des motifs professionnels le sont à l’initiative de l’employeur. C’est une pratique plus fréquente dans le privé (69 % des formation suivies) que dans le public (53 %). La moitié des salariés concernés déclarent alors qu’ils n’auraient pu se soustraire à cette demande, soit parce que la formation était obligatoire pour des exigences légales ou règlementaires (22 %), soit parce qu’elle était imposée par l’employeur (33 %).
Huit fois sur dix, l’employeur est le financeur principal des formations suivies pour des motifs professionnels (tableau 1). Les formations dont l’objectif déclaré est l’acquisition de nouvelles compétences (39 % des formations à visée professionnelle) ont l’employeur pour seul financeur huit fois sur dix. Les formations dont l’objectif est l’obtention d’un diplôme ou d’une certification sont plus rares. Elles ne représentent que 1 % des formations à visée professionnelle, et là encore l’employeur est le plus souvent le seul financeur.
Plus d’une formation sur cinq à visée professionnelle est suivie, en partie ou en totalité, en dehors du temps de travail : il s’agit notamment de formations ayant pour objectif l’acquisition de nouvelles compétences ou l’obtention d’un diplôme ou d’un autre emploi. Lorsque la démarche conduisant à la formation est engagée par le salarié indépendamment de son entreprise, il en est souvent le principal financeur. Une fois sur deux, les salariés estiment que la formation suivie aurait produit des connaissances utiles dans des activités ou secteurs autres que ceux dans lesquels ils exercent : la moitié des formations professionnelles seraient ainsi « transférables » en cas de changement d’activité.
Le changement dans l’entreprise incite à la formation
Un contexte de changement est favorable au suivi d’une formation. Ainsi, les salariés et non-salariés sont deux fois plus nombreux à avoir suivi une formation lorsqu’un changement technique ou organisationnel est intervenu dans leur environnement professionnel pendant l’année écoulée . L’introduction de nouvelles technologies suscite en effet un besoin accru de formation et les réorganisations entraînent des changements de postes.
Une pratique plus répandue dans les grandes entreprises et le secteur public
Plus l’entreprise est grande, plus les salariés accèdent à la formation continue : ainsi, dans le secteur privé, 53 % des salariés en bénéficient dans les entreprises de plus de 1 000 salariés, mais seulement 29 % dans les entreprises de moins de 10 salariés. Par ailleurs, les salariés employés dans l’administration publique, les secteurs de l’énergie, de l’action sociale et de la santé accèdent largement à la formation continue. À l’opposé, les salariés sont moins fréquemment formés dans la construction, le commerce, l’hôtellerie et la restauration. Quant aux non-salariés, c’est dans le secteur de la santé qu’ils sont les plus nombreux à se former.
Pour les salariés, comme pour les indépendants, la durée des formations est courte
Les salariés et les indépendants suivent des formations dont la durée est majoritairement courte. Ainsi, un dixième des formations suivies durent au plus trois heures, et un peu plus de la moitié ne dépassent pas 20 heures. Leur objectif principal est en effet d’être plus à l’aise ou plus efficaces dans leur travail, à l’inverse des chômeurs dont l’objectif principal est d’apprendre ou trouver un nouveau métier.
Les trois quarts des formations des salariés prennent la forme de cours et de stages . Toutefois, les formations s’adaptent aux contextes et aux contraintes professionnelles. Ainsi, les formations en situation de travail (en doublon, rotation sur poste) sont plus fréquentes dans le privé (19 %) que dans le public (14 %). Les travailleurs indépendants, quant à eux, recourent plus fréquemment à l’autoformation que les salariés : respectivement 14 % et 7 % des formations. Cette modalité d’apprentissage est en effet plus souple que la formation avec un intervenant extérieur. Elle est donc plus adaptée aux modalités de travail des indépendants. Enfin, 2 % des formations sont des formations en alternance, essentiellement des contrats de qualification et contrats de professionnalisation.
Un accès plus fréquent pour les cadres et les professions libérales, ainsi que pour les personnes en début de carrière
Parmi les salariés, ce sont les cadres qui recourent le plus à la formation continue : six cadres sur dix ont suivi une formation dans les douze derniers mois, contre trois ouvriers sur dix. Les écarts sont encore plus marqués parmi les indépendants : 60 % des membres des professions libérales accèdent à la formation continue, contre 20 % des agriculteurs.
La formation accompagne l’entrée dans la vie active. Ainsi, près des deux tiers des salariés entrés sur le marché du travail au cours des cinq dernières années ont suivi une ou plusieurs sessions de formation, contre un tiers des salariés ayant plus de 30 années d’expérience professionnelle. Là encore, le contraste est plus marqué chez les non-salariés : 51 % de formés chez ceux qui travaillent depuis moins de 5 ans, 19 % chez les plus expérimentés.
Moins de formations suivies que de demandes exprimées
Près d’un quart des salariés déclarent avoir eu un besoin ou un souhait de formation non satisfait dans les 12 derniers mois : 26 % des salariés du public et 21 % des salariés du privé ; alors que ce n’est le cas que de 16 % des indépendants. Ce besoin ou cette envie apparaît plus souvent lorsque la personne veut changer d’emploi ou bien doit faire face à des changements techniques ou organisationnels. Paradoxalement, ce sont ceux qui ont suivi le plus de formations qui déclarent en avoir le plus manqué. Ainsi, les membres des professions libérales ou les infirmières qui accèdent souvent à la formation continue déclarent plus fréquemment en avoir manqué que les artisans, commerçants et chefs d’entreprise. Il en est de même chez les salariés, où les cadres et les membres des professions intermédiaires se déclarent toujours plus insatisfaits que les employés et les ouvriers, qu’ils aient ou non participé à une formation en 2006 (tableau 3). Parmi ceux qui auraient souhaité se former en 2006, 61 % des salariés et seulement 26 % des indépendants ont effectué une démarche pour concrétiser ce souhait. Les autres n’ont pas engagé de démarche, le plus souvent faute de temps ou parce qu’ils anticipaient que leur demande serait refusée. Lorsqu’une démarche n’a pas abouti, c’est souvent en raison de la charge de travail du demandeur, d’une mauvaise organisation de la formation, d’un manque de place ou d’un désaccord avec l’employeur, par exemple sur la prise en charge du coût.
Une connaissance lacunaire des droits individuels à la formation professionnelle
En 2006, 41 % des personnes interrogées disent avoir « entendu parler » du congé individuel de formation (CIF), introduit en 1983 ; 39 % connaissent la validation des acquis de l’expérience (VAE), apparue en 2002, et 33 % le droit individuel à la formation (DIF), institué par la loi du 4 mai 2004 sur la formation professionnelle. Le niveau d’information est toutefois nettement meilleur parmi les personnes ayant accédé à une formation dans l’année précédant l’enquête : 56 % pour le CIF, 55 % pour la VAE, 47 % pour le DIF. Les salariés, a fortiori du secteur public, sont en moyenne mieux informés que les personnes au chômage à la date de l’enquête.
INSEE
Publié le vendredi 8 mai 2009
