Être heureux au travail, c’est possible !

Posté par Jean-Luc LEFEVRE le 15 avril 2009


Choisir son travail et s'y sentir reconnu sont les deux clés du bonheur au travail. Puis il y a le contact avec les collègues, le besoin de se sentir utile, l'autonomie… A chacun ses critères.

• Témoignages
Thomas, 36 ans, aubergiste

« J'éprouve du bonheur à exercer mon activité. Le contact avec la matière première, l'entretien du feu, les retours positifs des clients, ou des fournisseurs, tout cela est très agréable. Et le fait que cela me plaise autant est dû au rythme de travail que j'ai choisi : je n'ouvre que quatre soirs par semaine. Ma trésorerie est plus vulnérable que celle de quelqu'un qui travaille sept jours sur sept. Mais en même temps, j'ai toute l'énergie qu'il faut et je ne me disperse pas. Je propose un service de meilleure qualité. La qualité de vie que me procure ce rythme rattrape largement le fait que mon revenu est plutôt faible. J'ai du temps pour ne rien faire, voir mes potes, essayer d'autres restaurants, etc. Je profite aussi des jours où c'est fermé pour aller voir mes fournisseurs, pour remplir ma cave, par exemple. C'est du travail, mais ce n'est pas l'usine non plus… »

Sylvie, 44 ans, agricultrice

« J'apprécie la liberté d'entreprendre, le fait de ne pas avoir de hiérarchie et d'habiter sur mon lieu de travail, même si, c'est parfois difficile à gérer. Nous faisons nos choix nous-mêmes, nous pouvons monter des projets sans attendre l'aval d'une quelconque direction, et nous n'avons de comptes à rendre qu'à nous-mêmes. C'est très confortable. Pour l'organisation du quotidien, il y a moins de contraintes, je prends mes rendez-vous comme cela m'arrange. En plus, nous habitons en pleine nature, c'est agréable. Nous avons la chance de n'avoir jamais été confrontés à des périodes de tension financière ! Elles nous auraient peut-être fait regretter nos choix ! »

Camille, 33 ans, consultante en stratégie de développement durable

« J'aime la créativité, la rencontre, et la coopération. Travailler au sein d'une Scop (Société coopérative de production), présente aussi pour moi l'avantage d'une expérience non hiérarchique, où chacun est salarié entrepreneur. Le fait d'être coresponsable entraîne une implication plus forte de notre part à tous et davantage de liberté. Nous travaillons ensemble. Nous construisons à partir des expériences de chacun, avec le souci de nous améliorer, tous. J'apprécie aussi la bienveillance au sein de mon équipe et dans mon quotidien de salariée. C'est, selon moi, le seul moyen d'être vraiment créatif. »

Lena, 27 ans, conseillère info énergie

« Si je suis heureuse d'aller au travail le matin, c'est qu'il me donne le double sentiment de m'accomplir et d'être utile. Je me sens fière d'exercer ce travail de conseil, d'être reconnue par mes collègues comme compétente. Et le fait d'être conseillère info énergie m'offre la satisfaction d'être en accord avec mes convictions, quant à l'urgence de protection de l'environnement. J'ai la possibilité de faire avancer les choses concrètement. J'aimerais, pour que cela soit parfait, pouvoir varier davantage mes activités : faire moins de bureau et plus de terrain. Mais bon, en construction, ne faire que du terrain, c'est un peu compliqué aussi. Je l'ai fait, et c'était trop…

Pour que les rapports de travail soient plus sains, il faudrait mettre en place des grilles tarifaires fixes, avec des calculs préétablis d'avancement annuel. La progression des revenus dépend trop, d'après mes expériences dans diverses entreprises, d'un rapport de forces entre le salarié et la hiérarchie. »

Dossier : Nolwenn WEILER. (Ouest-France)


• Entretien

« Pas de bonheur au travail sans efforts de base »
Yannick Bonnet, ancien directeur de l’école supérieure de chimie de Lyon.

En quoi est-ce important d’être heureux au travail ?

Si tout le temps que l’on passe à travailler est vécu comme quelque chose de difficile, qui ne rend pas heureux, on vit une sorte de schizophrénie.On est partagé en deux, entre ce travail qui rend malheureux et les loisirs que l’on pratique pour être heureux. L’homme est fait pour le bonheur, il a besoin d’être heureux partout ! Mais je suis convaincu qu’il y a beaucoup plus de gens heureux au travail qu’on ne le pense… tout simplement parce que, quand on va bien, on ne le dit pas nécessairement.

Qu’est ce qui peut empêcher les gens d’être heureux au travail ?

Pour qu’une entreprise fonctionne, avec des salariés épanouis, elle doit savoir utiliser les compétences de chacun à bon escient : utiliser les points forts des uns qui compenseront les
points faibles des autres. Malheureusement, cette logique,pourtant fondamentale, n’est pratiquée que par très peu de managers. Les erreurs de casting des services de ressources humaines et les schémas de fonctionnement trop rigides de certaines entreprises empêchent de profiter des qualités des salariés.

Suffit-il d’avoir un « bon chef » pour être heureux d’aller au travail ?

Il ne faut pas rêver. Il n’y a pas de bonheur au travail sans efforts de base. Pensez aux danseuses. Si performantes et sensibles soient-elles… elles doivent faire de la barre plusieurs heures par jour. Sans quoi, elles sont mauvaises. Même si l’on fait un travail intéressant, qui nous plaît, un certain nombre de choses sont routinières. En bon chimiste, par exemple, j’adore faire la cuisine. Mais je sais qu’avant de me mettre à créer et imaginer des plats, il va falloir éplucher des légumes… chose que je n’aime pas faire, mais que je ne peux pas éviter !

D’où la nécessité de se remettre en question dans son poste, de suivre des formations continues, de toujours vouloir s’améliorer.

Le bonheur d’un salarié, est-ce bon pour l’entreprise ?

Évidemment ! Quelqu’un qui va bien est créatif. Il n’a pas peur. Il prend des initiatives. Il est animé par un bon stress. Celui qui crée de l’émulation permet de cultiver le goût de la performance et de la réussite. Un salarié reconnu et heureux de venir au travail a toutes les chances de faire prospérer son enteprise.


• Repère

82 % des Français se déclarent satisfaits de leurs conditions de travail, mais regrettent leur manque d’autonomie et de formation. « La bonne ambiance avec les collègues » compense la faiblesse des salaires (pour 36 %) . Enquête 2007 de la fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail.

« L’incertitude face à l’avenir professionnel », est difficile à supporter pour 54 % des personnes interrogées, suivi du « manque de reconnaissance » (45 %), de « la surcharge de travail » (36 %). (Sondage TNS Sofres, juillet 2008).

16 % des Français auraient besoin d’un travail plus épanouissant pour être heureux. (Sondage CSA, Novembre 2008)

À lire.
Être heureux au travail, de Yannick Bonnet, Presses de la renaissance.
Faut-il travailler pour être heureux ? de Christian Baudelot, Fayard.
Oser Travailler heureux, de Jacques Salomé et Christian Potié, Albin Michel. 

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