La formation doit permettre d’anticiper et ne doit plus être le « pompier » en temps de crise (Laurent Wauquiez, 25 ans du Groupe Alpha)

Posté par Jean-Luc LEFEVRE le 11 mars 2009

L'ANI (accord national interprofessionnel) du 7 janvier 2009 sur le développement de la formation tout au long de la vie professionnelle, la professionnalisation et la sécurisation des parcours professionnels « est un très bon accord. Il constitue une très bonne base sur laquelle nous allons pouvoir rebâtir notre système de formation professionnelle », déclare Laurent Wauquiez, secrétaire d'Etat chargé de l'Emploi lors du débat de clôture du colloque organisé par le groupe Alpha pour ses 25 ans, le 10 mars 2009, sur le thème : « Hommes, territoires, nouvelles frontières du dialogue social ». Le ministre confirme ainsi les propos du chef de l'État qui a salué « l'accord unanime » des partenaires sociaux, au cours de son déplacement dans la Drôme le 3 mars. L'essentiel de ce texte devrait être retranscrit dans un projet de loi qui sera déposé au Parlement à la mi-avril.

Le défaut de notre politique de l'emploi est « d'intervenir après la crise en formant quand il est trop tard », poursuit Laurent Wauquiez. Un des points « positifs » de la crise économique actuelle est de mettre en évidence « la nécessité d'intervenir “avant” et pas en pompier ». La « pierre angulaire » de la politique gouvernementale consiste donc à « mettre en ordre de marche notre dispositif de formation, qui, aujourd'hui, marche la tête à l'envers » et tenter de le rendre plus équitable. « Le meilleure façon de faire rebondir les salariés au chômage est de les avoir formés avant », confirme Pierre Ferracci, président du groupe Alpha. Les consultants eux-mêmes interviennent trop souvent en pompiers de la crise.

Salariés, représentants du personnel et responsables d'entreprise ont compris l'enjeu de la formation en cette période de crise d'après le sondage réalisé par l'Institut CSA pour l'anniversaire du groupe Alpha. Il montre en effet qu'une forte majorité de ces trois cibles estime qu'il faut donner accès à des formations pour les personnes en chômage partiel (respectivement 68 %, 64 % et 72 %). « C'est un des principaux enseignements de ce sondage », observe Roland Cayrol, fondateur de l'institut CSA : « La formation et l'emploi l'emportent contre l'assistanat en cas de chômage. »

CHÔMAGE PARTIEL : LES PATRONS « PRÊTS A FORMER »

Le président de l'UIMM (Union des industries et métiers de la métallurgie), Frédéric Saint-Geours confirme ces résultats : « Les chefs d'entreprise souhaitent que les salariés se forment dans le contexte actuel. L'UIMM sera particulièrement active pour concilier chômage partiel et formation. » Les négociations sur l'emploi dans la métallurgie qui pourraient se conclure le 30 mars porteront en partie sur ce thème. « Nous sommes en train de travailler sur le Fonds d'investissement social [annoncé par le gouvernement à l'issue du sommet social du 18 février] pour dégager les meilleures solutions », poursuit Frédéric Saint-Geours. Une charte constitutive du Fonds devrait être soumise sous peu aux partenaires sociaux.

Le secrétaire général de la CFDT, François Chérèque souligne lui aussi que « la crise doit être l'occasion pour les salariés de se former » . « C'est la raison pour laquelle nous avons proposé la création d'un Fonds d'investissement social dont l'idée a été reprise par le gouvernement », remarque le leader de la CFDT. Ce fonds comporte « deux volets » : Il doit permettre aux salariés de « s'en sortir grâce à la formation, dans le cadre de parcours professionnels de préférence », et leur « donner une chance de retrouver un emploi mieux rémunéré ». Pour François Chérèque, le déficit de formation des salariés qui justifie des interventions a posteriori résulte de la « dérive sociale » suivante : « Toutes les aides accordées aux entreprises depuis 2002 portent sur les bas salaires ce qui a tiré la qualification vers le bas. La France est aujourd'hui le pays qui compte le plus grand nombre de smicards. A l'appauvrissement du tissu industriel s'ajoute une déqualification des salariés. »

FAIBLESSE DE LA GPEC

Pourquoi la formation est-elle utilisée trop souvent « à chaud » ? Une des explications tient à la faiblesse de la GPEC (gestion prévisionnelle des emplois et des compétences) dans nos branches et entreprises. Trop nombreux sont encore les secteurs professionnels qui « ne sont pas en mesure d'anticiper » les évolutions et « de prévoir le plus en amont possible les formations qui permettront à leurs salariés de rebondir en cas de crise », commente Laurent Wauquiez. La dernière réforme de la formation de 2003-2004 a pourtant généralisé la création par les branches professionnelles d'observatoires prospectifs des métiers et des qualifications dotés de cette dimension d'anticipation des besoins en matière d'emplois, de formations et de qualifications.

La loi de cohésion sociale du 18 janvier 2005 qui impose aux entreprises et groupes d'au moins 300 salariés une obligation triennale de négocier sur la GPEC « marche assez mal », commente Pierre Ferracci. « Elle est trop connotée 'restructurations'. Il faut la rattacher aux enjeux de la formation professionnelle. » Mais le comité d'entreprise a-t-il les moyens de faire prospérer la GPEC dans l'entreprise. Est-il le « lieu stratégique » pour ce débat ? « Peut-être doit-on poser la question de la participation des salariés dans les conseils d'administration sans pour autant viser une cogestion à l'allemande », remarque le président d'Alpha. Selon lui, la présence des représentants du personnel au conseil d'administration « pourrait permettre à la gouvernance de développer sa capacité d'anticipation ». Cette hypothèse est cependant difficilement envisageable dans les TPE/PME pour lesquelles la solution réside dans l'externalisation du dialogue sur la GPEC.

« Il est nécessaire que les salariés soient, sous une forme adaptée, représentées dans les instances de décisions stratégiques », juge également le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault. « D'accord, à condition de définir cette association », ajoute Bernard Van Craeynest, président de la CFE-CGC. Quant au secrétaire général de la CFDT, il renouvelle sa demande récurrente d' « instituer des lieux de débats en amont »

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