Des PME peu formatrices ?
Posté par Jean-Luc LEFEVRE le 24 février 2009
LE MONDE ECONOMIE | 23.02.09 | 12h07
La publication, en février, du Centre d'études et de recherches sur les qualifications (Céreq) intitulé Quand la formation continue nous rappelle que les petites entreprises (PE) sont les moins formatrices. C'est parmi elles que se recrutent 99 % des entreprises qui n'ont organisé aucune formation continue dans les douze mois précédents la date de l'enquête (réalisée en 2006) et, pour celles qui ont fait usage de la formation, seulement 17 % de leurs salariés en ont bénéficié (contre 51 % pour les plus de 250 salariés).
En France, plus de 98 % des entreprises, représentant 53 % des emplois salariés se trouveraient donc potentiellement en dehors de la “société de la connaissance” et seraient peu concernées par l'employabilité de leurs salariés.
D'autres indicateurs sont aussi alarmants : les PE recueillent peu les besoins de leurs salariés, les informent plutôt moins que les autres entreprises, utilisent rarement la formation comme élément de gestion de carrière et, surtout, mesurent beaucoup moins que les grandes entreprises les effets de la formation en termes d'acquisition des compétences et de performance économique.
Deux interprétations sont mises en avant pour expliquer ces carences : l'une met l'accent sur l'inadéquation et l'excès de formalisme de l'offre de formation continue, trop éloignée des spécificités des PE. D'où les efforts désespérés pour rapprocher les PE de l'appareil institutionnel en aménageant de façon volontariste leur environnement. C'est la voie prise par l'Accord national interprofessionnel du 7 janvier, où les partenaires sociaux implorent les intermédiaires de la formation (service public de l'emploi et organismes collecteurs) de “mieux informer, sensibiliser, accompagner les entreprises, en particulier les TPE-PME”, en jouant de leur proximité.
ENGAGEMENT DES SALARIÉS
L'autre interprétation privilégie la nature spécifique de la demande de formation ou de la construction des qualifications professionnelles dans les PE et les ajustements plus ou moins spontanés dont elles seraient capables. Dans la mesure où les enquêtes privilégient les modalités de formation les plus formelles (stages, séminaires, formations en situation de travail organisées et planifiées), elles négligent les formes d'apprentissage incorporées dans l'activité quotidienne, caractéristiques des PE.
La formation professionnelle continue n'est pas le seul point d'entrée pour accroître le niveau des compétences dans les PE. La mobilité intra- ou interentreprise, la mise en place de politiques de qualité totale, peuvent jouer un rôle tout aussi décisif. C'est ce qui expliquerait pourquoi, dans des pays où le dispositif institutionnel leur est pourtant plus favorable, l'usage de la formation continue par les PE ne soit pas plus élevé qu'en France. C'est le cas en Italie, où la mobilité interentreprises dans des bassins d'emploi à forte tradition technique offre des trajectoires d'apprentissage d'autant plus pertinentes que les formes les plus institutionnelles de la formation sont moins légitimes.
En Allemagne, peu de PE se plaignent de problèmes de qualification, et encore s'agit-il de celles qui ont déjà une main-d'oeuvre très qualifiée. Elles captent alors les compétences dont elles ont besoin sur le marché externe, faisant jouer à plein les ressorts de la formation initiale alternante. Mais la plupart font preuve d'une remarquable adaptabilité grâce à des réserves de qualification existantes, créées sur longue période.
Enfin, dans un contexte institutionnel de dialogue social mieux régulé et de moindre flexibilité du marché du travail, les entreprises allemandes peuvent compter sur l'engagement de leurs salariés et font ainsi plus facilement confiance à l'apprentissage en situation de travail pour faire évoluer les qualifications.
Philippe Trouvé est professeur au groupe ESC-Clermont-Ferrand.
Philippe Trouvé
Article paru dans l'édition du 24.02.09.
