Jacques ATTALI - Se former mérite rémunération

Posté par Jean-Luc LEFEVRE le 31 octobre 2008

« Une des grandes révolutions à accomplir est de considérer l’éducation aussi importante que la santé » selon Jacques Attali, économiste, écrivain et président de PlaNet Finance qui intervenait aux Entretiens du XXIème siècle en clôture du 1er Forum mondial de l’éducation et de la formation tout au long de la vie (Paris, 29 octobre).

Ce n’est « pas du tout le cas aujourd’hui », a-t-il regretté, « alors que l’ignorance est une maladie contagieuse qui entraîne les dictatures et la barbarie ». A tel point que l’éducation lui apparaît comme un « formidable échec alors que la santé est un succès : on n’enseigne pas mieux qu’avant, le niveau d’analphabétisme augmente, le système éducatif ne s’améliore pas malgré des dépenses publiques en forte croissance ». Un point contesté par Nicholas Burnett, sous-directeur général de l’Unesco pour l’éducation, qui souligne pour sa part que « les admissions au niveau du primaire avancent à une vitesse sans précédent dans les pays en développement » alors que la santé n’évolue pas.

Déclinant ses idées en faveur du développement de l’éducation tout au long de la vie, Jacques Attali évoque tour à tour la question du périmètre, du financement et de la recherche. Sur le premier point, l’expert invite notamment à « diversifier » les formes de l’éducation en considérant le travail comme une « forme de formation ». En matière de financement, Jacques Attali réfute l’idée, répandue selon lui, « que celui qui se forme doit payer pour le faire » sous prétexte « que la formation n’est utile qu’à celui qui se forme ». Bien au contraire, estime-t-il, « se former est une activité socialement utile qui mérite rémunération ». Et d’appeler à une révolution qui conduise à « organiser le financement de l’éducation comme celui de la santé ». Puisque « l’éducation mérite d’être traitée comme une forme de santé sociale », la société doit comprendre l’intérêt qu’elle a à rémunérer l’apprenant comme elle a compris celui qu’elle a à rémunérer le malade. Troisième et dernier point de son argumentation, la dénonciation de l’absence de tout progrès en matière de méthodes pédagogiques. « L’introduction des technologies ne fait que continuer les méthodes traditionnelles, le progrès est nul : il faut toujours 2000 heures pour apprendre une langue, nous ne connaissons rien du fonctionnement du cerveau ». D’où un appel au développement d’une « industrie de l’éducation qui articule neurosciences et sciences de l’éducation ». Et une conclusion sans appel : « si le secteur n’est pas capable de rentrer dans une vague de progrès technique et de productivité, tout le discours sur le développement de l’ETLV n’est que paroles vaines »

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