La formation professionnelle enkystée dans une logique statutaire, selon la présidente de la mission d’information de l’Assemblée nationale
Posté par Jean-Luc LEFEVRE le 26 septembre 2008
Présidente-rapporteure d’une mission d’information sur la formation tout au long de la vie, la députée UMP de Seine-Maritime Françoise Guégot a présenté ses priorités à l’occasion d’un entretien accordé au Quotidien de la formation, jeudi 25 septembre.
En préambule, la vice-présidente de la Communauté d’agglomération de Rouen balaie la critique sur le caractère redondant de sa mission, mise en place le 13 mai 2008, pendant le déroulement des travaux du groupe présidé par le groupe Ferracci, soit 10 mois à peine après la remise d’un rapport sénatorial sur le même sujet en juillet 2007. Françoise Guégot réfute l’argument du doublon. « Il est légitime que la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale travaille sur ces questions, et qu’elle soit pleinement partie prenante du débat », avertit-elle.
Diplômée de l’école polytechnique féminine de Paris, docteure en informatique, maître de conférence associée à l’INSA de Rouen, Françoise Guégot connaît bien les subtilités de la formation initiale. De même que les arcanes de la formation continue ne lui sont pas inconnus, puisqu’elle a travaillé sur des programmes de formation continue pour différents Greta.
Reflet de l’itinéraire de la députée, la mission, issue de la commission des affaires culturelles familiales et sociales de l’Assemblée, intègre les problématiques liées à la formation initiale et continue. « Les 11 membres de la mission ont à cœur d’entendre tous les acteurs », explique Françoise Guégot. Tout en prévenant que « plutôt qu’une répétition de ce qui a déjà été dit, le document final énumérera une liste de recommandations sur les points prioritaires ».
Pas question non plus d’interférer avec la négociation entre partenaires sociaux qui démarre le 30 septembre prochain. « Je ne voulais pas que la mission se transforme en une analyse sur le mode de financement de la formation, ajoute la parlementaire. C’est pourquoi je n’ai pas souhaité auditionner les partenaires sociaux. Toutes les questions relevant du champ de la négociation ont donc été délibérément laissées de côté. »
Parmi les éléments de diagnostic, Françoise Guégot insiste sur la nécessité de dépasser un système largement fondé sur les statuts. « En France, on accède à une formation en fonction de son statut, argue-t-elle. On fait une différence entre l’étudiant qui travaille et le salarié qui étudie. On se focalise sur les statuts au détriment de l’adéquation entre la formation et l’emploi censé lui correspondre ». D’où l’impasse actuelle.
« Sur le fond, le concept de “formation tout au long de la vie” tend à valoriser le lien nécessaire entre l’Université, les établissements d’enseignement et le monde de l’emploi, décrypte Françoise Guégot dans son blog personnel. La nécessité d’anticiper les besoins en compétences renforce le lien entre la formation tout au long de la vie et la formation initiale. La formation tout au long de la vie intègre également la valorisation des acquis de l’expérience. »
Pour Françoise Guégot, la formation doit prendre « appui sur la contribution du système scolaire et universitaire à la formation continue » et viser « la mise en place de formations qualifiantes ou diplomantes tout au long de la vie, dans un aller retour entre l’enseignement et l’emploi. De telles formations, au nombre de trois ou quatre dans la vie, devraient avoir une durée suffisante et, on peut évoquer, parmi un ensemble d’outils, l’apport d’internet et les propositions de l’”e-learning”. »
A cet égard, la mission « prendra en compte l’évolution du statut des enseignants chercheurs et les nouvelles missions dévolues à l’université par la loi sur les libertés et les responsabilités des Universités du 10 août 2007. »
Les objectifs de la mission sont donc les suivants (toujours selon le blog de la députée) :
élargir son champ d’investigation au delà du champ strict de la formation professionnelle, en vue de rapprocher la formation continue et la formation initiale, étant observé que la formation professionnelle ayant pour objet l’adaptation au poste n’est pas satisfaisante, qu’elle n’offre pas une formation qualifiante, n’intègre pas la reprise des savoirs fondamentaux, n’aboutit pas à une requalification en vue d’un changement de parcours.
parvenir à une évaluation des formations dispensées actuellement.
rechercher les moyens de les rendre plus efficaces
Les travaux de la mission s’organisent autour de trois axes :
1. Montrer les enjeux de la formation tout au long de la vie : enjeu de citoyenneté, enjeu pour la croissance économique
2. Évaluer le dispositif actuel et proposer les moyens de le faire évoluer
3. Aboutir à une méthodologie de la formation tout au long de la vie fondée sur le lien entre la formation initiale et le formation professionnelle.
Les dernières auditions auront lieu lors de la semaine du 6 octobre. Quant au rapport proprement dit, il sera remis et dévoilé au public début novembre.
