Les formateurs sont-ils anti-mondialistes ?
Posté par Jean-Luc LEFEVRE le 26 juin 2008
TTnet France
Le métier de formateur a-t-il jamais été un long fleuve tranquille ? C’est la question que l’on peut se poser au vu de la multiplication des articles, recherches et colloques en tout genre consacrés à l’analyse de l’évolution de la profession. Généralement abordée sous le seul angle de l’impact des TIC, la problématique s’est cette fois ci confrontée à la mondialisation, à l’occasion d’une journée d’échanges organisée par le réseau TTnet France et le Centre INFFO [1].
Les craintes soulevées par l’évolution du métier de formateur relèvent-elles d’une « résistance au changement » qui découlerait du principe d’accélération du monde et de la « mondialisation » ? C’est la question posée par l’organisatrice de la journée, Françoise Dax-Boyer, chargée d’études à la Direction Juridique-Observatoire du Centre Inffo et animatrice du réseau TTnet France, qui appelle à « être dans une incertitude créatrice plutôt que dans la peur face à ces nouveaux espaces qui s’ouvrent ». Pour Evelyne Deret, consultante rattachée à l’université Paris Dauphine, une partie du problème vient du fait que « de plus en plus de décisions sont prises en l’absence des sujets concernés ». D’une certaine manière, le développement de notions telles que le « capital humain », les « compétences » ou encore « l’employabilité » renforcent le sentiment d’individu-ressources au détriment d’individu-personne.
Pour Yves Attou, président du Comité mondial pour l’éducation et la formation tout au long de la vie, l’éducation est certes encore « une compétence nationale » mais doit face à la pression d’un « espace global » qui tend à la création d’un « modèle mondial unifié d’éducation et formation tout au long de la vie ». D’où un risque de « standardisation » à forte coloration anglo-saxonne, qui l’amène à plaider pour l’élaboration d’une « convention éducation-formation » qui s’inspirerait de la convention sur la diversité culturelle adoptée par l’Unesco. Pour autant, admet-il, les réponses à la mondialisation et au développement des TIC ne doivent pas non plus consister à s’ériger en forteresse et il convient d’appeler au développement de nouvelles compétences pour le formateur qui devient « accompagnateur » : « la transmission du savoir se dématérialise, l’éducation informelle et non formelle prennent de l’importance, le formateur « formel » perd le monopole du savoir et mobilise plus son groupe qu’il ne transmet ».
Un constat qui n’effraie pas Frédéric Haeuw, responsable du Pôle Recherche et Ingénierie à l’Institut Fepem de l’Emploi Familial, pour qui « on ne doit pas rejeter les technologies au motif qu’elles sont porteuses d’une idéologie plus ou moins critiquable ». Dire « Demain tous cyber-formateurs ! », explique-t-il, ce n’est pas s’en remettre aux technologies mais confirmer « l’intérêt que l’on porte au principe d’autoformation, appréhendé comme une forme d’émancipation de soi et d’émergence du sujet social apprenant ». La formation n’est pas non plus un sanctuaire qui « échapperait au mouvement général de montée en puissance de l’individualisation ». A cet égard, la formation tout au long de la vie est « en soi un concept merveilleux (se construire chaque jour) et redoutable (nous ne sommes pas tous égaux devant ça) ».
Toujours est-il que comme l’ont montré selon lui les dernières rencontres du FFFOD [2] , « l’évolution en cours est celle de la porosité entre les frontières », qu’elles soient celles de « l’information et de la formation, du travail, de la formation et des loisirs ou encore du KM, du e-learning et des e-RH ». Persuadé que la question du « savoir si on y va ou pas ne se pose plus », Frédéric Haeuw prend l’exemple de l’emploi familial pour évoquer l’évolution du métier de formateur. Oui, les technologies questionnent le « triangle pédagogique » de Jean Houssaye (savoir/enseignant/apprenant), produisent des « conséquences organisationnelles » (les FOAD sont le fruit d’un travail collectif), impliquent le « renforcement de certaines compétences » et le développement de « nouvelles » (maitrise des outils), etc., mais « le cœur du métier reste inchangé ». Simplement, « le formateur sans technologie n’existera plus avant peu » et la figure du « chef de projet FOAD » émerge, impliqué dans « une posture d’industrialisation de la formation, ce qui ne s’oppose pas à l’humanisation. »
