Les entreprises oublient-elles leur responsabilité dans la formation de leurs salariés ?

Posté par Jean-Luc LEFEVRE le 4 juin 2008

L’individu et l’entreprise portent à eux deux la responsabilité du développement des compétences pour les adapter aux mutations économiques et se prévenir des aléas du marché du travail.

 « Les entreprises ont-elles conscience qu’elles ont une responsabilité dans la formation de leurs salariés ? », a demandé Françoise Lareur, secrétaire régionale CFDT pour l’Île-de-France lors du colloque Quinze ans d’accompagnement des politiques de l’emploi et de développement des territoires organisé par Amnyos le 3 mai à Paris.

Elles sont pourtant bien équipées pour pouvoir relever le défi : « La boîte à outils est considérable », a attesté Jean Cassingena, directeur des études stratégiques et des politiques de ressources humaines d’Areva : « Nous avons mis un an à construire un cadre contractuel. Nous avons beaucoup travaillé sur l’implication des salariés, notamment sur le DIF. » Le résultat n’en atteste pas : sur les 32 000 salariés français, 100 demandes de DIF ont été enregistrées en 2005 et il y a maintenant 3 000 demandes par an. « Entre la masse d’informations et la réalité il y a une grande différence », a-t-il commenté. Mais il n’aspire pas au changement des outils pour autant : « Il y a une aspiration à la stabilité pour plus de retour sur expérience. » Une situation jugée idyllique si l’on considère la situation d’enteprises plus modestes.

Mais pour Philippe Schwartz, directeur du développement technique du Groupe Hominis : « Non seulement il faut stabiliser, mais il faut rationaliser les outils ! » Les entreprises doivent reconnaître au préalable qu’elles exercent deux métiers : celui qui consiste à s’attaquer au marché et celui de faire évoluer les compétences. Et elles ne les exercent pas avec la même ferveur : « Si on compare l’investissement fait dans une machine et celui consacré aux compétences, ce n’est pas pareil ! », a-t-il illustré. Pour développer cet aspect, il faut donc concevoir des indicateurs pour en mesurer l’évolution au même titre que l’on évalue la gestion ou les commerciaux.

Si les entreprises se sont effectivement emparées des outils, elles l’ont parfois fait de façon superficielle, a jugé Pascale Levet, responsable de Lab’Ho, l’observatoire d’Adecco. En revanche, les entreprises de travail temporaire et les SSII, du fait de leur singularité, mettent réellement les phases de transition, entre les missions, à profit pour adapter leur main-d’œuvre, avec des aller-retour entre formation et travail. « Sur des marchés hypertendus », a analysé Philippe Schwartz, « si l’ETT veut faire du chiffre, il lui faut des compétences qu’elle ne doit pas se faire piquer. Il faut donc les développer et les fidéliser. D’ailleurs elles s’ouvrent au service public de l’emploi pour alterner missions et formations. Et elles ne font pas ça par philanthropie : c’est parce qu’il y a une corrélation avec les indicateurs de performance. »

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