Le développement durable appliqué aux organismes de formations
Posté par Jean-Luc LEFEVRE le 30 mai 2008
Interview d’Hélène Combe, déléguée générale de l’Observatoire de la décision publique [1]
Quels sont les critères permettant d’évaluer l’implication d’un organisme de formation en matière de développement durable ?
Hélène Combe - Quatre thématiques centrales permettent d’évaluer l’engagement et la responsabilité sociale d’une entreprise, quelque soit son secteur d’activité :
- l’expertise (savoirs et vécu ; débat public ouvert ; pluralité des points de vue ; recherche de consensus ; répartition des engagements, etc.),
- l’économie plurielle, c’est-à-dire la volonté d’une entreprise à inscrire son action localement ( économie publique ; économie de la réciprocité ; consom’action ; partage des richesses…),
- la cohésion sociale (solidarités ; diversité culturelle et sociale ; intergénérationnel ; lutte contre les discrimination)
- l’environnement (Bio-diversité, ressources naturelles, santé).
En clair, on parle de développement durable lorsqu’une entreprise est consciente des effets et des actes qu’elle pose.
En termes de contenu de formation, en quoi reconnaît-on un organisme de formation responsable ? Pouvez-vous citer des exemples ?
H. C. - En élaborant leur ingénierie de formation, les organismes de formation doivent se demander en quoi leur contenu génère et renforce la diversité culturelle. Renforcer la diversité culturelle, cela pourrait être, par exemple, de proposer à des puéricultrices un module de formation de massage pour les bébés, réalisé en partenariat avec une association de mères africaines, qui maîtrisent parfaitement ces techniques puisque cela fait partie de leur culture. En agissant ainsi, l’organisme de formation associe une association locale à son programme de formation et inscrit son action au sein du territoire. Cela permet de renforcer la diversité culturelle et le partage d’expérience. Autre exemple : former des acheteurs aux normes et critères éthiques. On parle de commerce équitable pour le consommateur, cela s’applique en amont et d’autant plus aux salariés chargés d’acheter et d’importer des produits…
Les organismes de formation sont aussi évalués sur le fonctionnement en interne…
H. C. - Oui, c’est bien sûr un paramètre important pour évaluer l’engagement des entreprises sur ce thème. Le recrutement, la gestion du personnel et le dialogue social sont déterminants. Les pratiques également : tout comme un acheteur d’une entreprise d’import export, le responsable achat d’un organisme de formation doit veiller à privilégier des matériaux et des produits respectant les normes environnementales. De même, la pratique du co-voiturage, par exemple, marque un engagement fort. Et ce d’autant plus s’il se pratique avec d’autres organismes de formation du bassin d’emploi.
Le développement durable passe donc aussi par une mutualisation des entreprise d’un secteur sur un bassin d’emploi ?
H. C. - D’une manière générale, les entreprises qui souhaitent s’investir dans le développement durable ont intérêt à travailler ensemble pour respecter le mieux possible leur environnement et le bassin d’emploi. Même si cette mutualisation a des limites, en raison de la concurrence. Mais on pourrait par exemple imaginer des groupements d’employeurs appartenant à un réseau d’organismes de formation. Cela pourrait notamment permettre à des formateurs indépendants de profiter d’un réseau ; cela participe à la sécurisation des parcours professionnels et à l’emploi durable.
On sait que les grandes entreprise, notamment celles de la branche distribution, sont jugées sur ces questions. Constate-t-on le même impact pour les organismes de formation ?
H. C. - C’est indéniable. Les financeurs publics, les régions notamment, sont très vigilantes sur ces questions. Dans les appels d’offre, il est demandé aux organismes de formation de prouver leur responsabilité sociale. De fait, les organismes de formations doivent montrer leurs efforts et leur prise de conscience sur ces sujets.
Certes, mais les clients des organismes de formation n’ont pas tellement la possibilité de vérifier si les organismes de formation pratiquent réellement le développement durable ?
H. C. - D’où l’intérêt de questionner les organismes de formations sur ces sujets avant de signer un contrat. En posant des questions, en interrogeant d’anciens stagiaires, on sent très vite si cela fait partie de la sensibilité ou de la culture des formateurs. Personnellement, je ne suis pas pour créer un label « développement durable » pour le secteur. Ce champ est trop vaste pour qu’on puisse labelliser, en fonction d’une grille de lecture réductrice. En revanche, rien n’empêche un organisme de formation de refuser de former une entreprise dont il ne partage pas les valeurs… Certes, on peut perdre un client, voire un très gros contrat, mais ensuite d’autres entreprises peuvent venir car elles ont apprécié cette prise de position, qui coïncide avec les valeurs du développement durable. Lorsque j’étais responsable d’un organisme de formation, cela m’est arrivé. Et je ne l’ai pas regretté…
Hélène Combe interviendra le 24 juin lors de la demi-journée d’actualité, organisée par le Centre INFFO, intitulée Le développement durable appliqué à la formation » (Cliquer sur le titre pour accéder au programme et au bulletin d’inscription)
[1] Créé en 1987, l’Observatoire de la Décision Publique, outil d’analyse et d’expérimentation sociétale, vise à mettre les humains et la nature au coeur des politiques publiques.
