Entraîner son cerveau à volonté

Posté par Jean-Luc LEFEVRE le 30 novembre 2007

Un casque, une télécommande, un écran : cet équipement sommaire
suffira-t-il, demain, pour se muscler le cerveau ? Le culturisme des
neurones servira-t-il à améliorer les facultés de concentration, à se
mettre dans le meilleur état mental avant un examen ou un entretien
d’embauche, à se préparer à un long voyage en voiture, à chasser les
idées noires avant de s’endormir ?

Certes, un certain nombre d’années
s’écouleront avant que l’on puisse songer à offrir pour Noël une
panoplie de “brainbuilding”. Mais les progrès des neurosciences laissent
entrevoir, pour la première fois, la possibilité d’interagir avec cet
organe qui, de plus en plus, cesse d’être considéré comme une boite
noire.

Un casque, une télécommande, un écran : Jean-Philippe Lachaux, chercheur
dans l’unité dynamique cérébrale et cognition de l’Institut national de
la santé et de la recherche médicale (Inserm), à Lyon, n’hésite pas à
parler de télévision du cerveau, ou de “Brain TV”. Il sera bientôt
possible, pense-t-il, de choisir, confortablement installé dans son
fauteuil, une “chaîne” d’un type nouveau, correspondant à la
visualisation en temps réel de diverses activités cérébrales. Certains
patients, traités pour des formes graves d’épilepsie par le neurologue
Philippe Kahane (CHU de Grenoble), se sont d’ores et déjà prêtés à
l’expérience. C’est sur cette collaboration que reposent les travaux du
neurobiologiste, dont les étonnants résultats viennent d’être publiés
par la revue en ligne Plos One.

“Ces malades sont les seuls sur lesquels on pose des électrodes à
l’intérieur même du cerveau et dans des zones très différentes”,
indique-t-il. L’objectif : préparer l’intervention chirurgicale, qui
vise à sectionner le réseau de neurones responsable des crises
d’épilepsie sans endommager des régions cérébrales voisines importantes.
Une quinzaine de tiges de 0,8 mm de diamètre, comportant chacune de 5 à
18 contacts, traversent ainsi la boîte crânienne et enregistrent, deux
semaines durant, l’activité de zones très précises du cortex.

Mais, contrairement à d’autres méthodes d’exploration cérébrale, les
fonctions étudiées ne sont pas ici présupposées. Une patiente a ainsi
découvert que, lorsqu’elle concentrait son attention visuelle sur un
point, une courbe montait : la première chaîne de la Brain TV était
réglée. Chaque réseau d’électrodes implantées pouvant fournir autant de
chaînes que de contacts (100 à 200), la Brain TV devrait ainsi,
progressivement, s’enrichir. Parallèlement à cet étalonnage, les
chercheurs doivent mener une autre tâche, tout aussi essentielle.

A qui donc, hormis ces malades, peut en effet servir la Brain TV si elle
ne fonctionne qu’avec des électrodes implantées ? Pour augmenter son
usage, il sera indispensable de mettre au point un système de casque
fonctionnant avec quatre ou cinq électrodes posées à l’extérieur du
crâne. C’est l’objet du programme “Open Vibe”, financé sur trois ans par
l’Agence nationale de la recherche (ANR) à hauteur de 400 000 euros. En
partenariat avec l’Institut national de recherche en informatique et en
automatique (Inria) de Rennes et France Télécom, l’unité Inserm de Lyon
s’est fixé pour objectif, d’ici à fin 2008, la mise au point d’un
logiciel d’analyse en temps réel de l’électroencéphalogramme (EEG).

“Avec la technique externe qu’est l’EEG, on voit l’activité du cerveau
comme si on observait une ampoule à travers un abat-jour”, indique M.
Lachaux. D’où, jusqu’alors, une forte imprécision sur la localisation
des activités cérébrales sollicitées. Grâce aux informations obtenues
avec les électrodes internes, cette incertitude est désormais réduite.
Le diamètre des zones “corrélables” à une fonction précise passe ainsi
de 5 cm à 1 cm. Du moins pour les activités du cortex situées à sa
périphérie, tels le calcul mental, l’attention visuelle, la mémoire “de
travail” (celle qui permet, par exemple, de retenir des numéros de
téléphone), ou encore l’imagerie motrice (capacité à imaginer un
mouvement).

Sous réserve d’une meilleure présentation que les austères courbes
actuelles, le “casque EEG” pourra ainsi servir à développer un véritable
dialogue avec son propre cerveau. En ce sens, cette approche se
distingue radicalement des autres techniques d’exploration cérébrale,
telle que l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf).
Contrairement à ces instruments lourds et coûteux, réservés aux
laboratoires ou aux hôpitaux et inadaptés au temps réel, la vocation de
la Brain TV est de devenir un outil individuel à la portée du grand
public.

L’auto-examen cérébral deviendra-t-il une pratique courante dans les
prochaines décennies ? Chacun d’entre nous utilisant sans doute son
cerveau à sa façon, les variations entre individus imposeront alors un
apprentissage personnel. Il deviendra possible, par entrainement, de
développer ses facultés d’attention et de concentration. L’utilisation
des signaux émis par le cerveau pourra également servir au contrôle des
jeux vidéo. Plus de joystick ni de souris : une simple pensée suffira
pour déclencher le déplacement d’un curseur à l’écran, la conduite d’un
bolide ou le tir avec une arme. Certains équipements pour handicapés
pourront, de même, être dirigés par la pensée.

LM

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